Sécurité agricole : « On se croit invincible, mais ce n’est pas le cas »
par Theresa Whalen-Ruiter
Coordonnatrice de la sécurité à la ferme de la FCA
« Ménagez plus que votre dos ! » est le thème de la Semaine canadienne de la sécurité en milieu agricole, qui portera spécialement sur les entorses, les foulures et les chutes. La campagne d’une durée d’un an sera lancée à l’occasion de la Semaine canadienne de la sécurité en milieu agricole (SCSMA) du 12 au 18 mars 2008. L’objectif de la campagne est d’inciter les agriculteurs à étudier leurs façons de travailler et à s’efforcer de trouver des moyens de réduire les risques d’entorses, de foulures et de chutes. La campagne de la SCSMA est présentée par la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) et l’Association canadienne de sécurité agricole (ACSA), en partenariat avec Financement agricole Canada (FAC) et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Pour plus de renseignements au sujet de la Semaine canadienne de la sécurité en milieu agricole, visitez le site www.casa-acsa.ca.
« L’agriculture est un secteur à risque élevé. C’est malheureusement un fait », soutien Bruce Johnson, président de l’ACSA. « Il existe tellement de risques impossibles à prévenir qu’il est impératif de prévenir tous ceux qui peuvent l’être. »
La variété des tâches réalisées chaque jour fait partie de l’attrait du travail agricole. Toutefois, les exigences sans cesse changeantes des activités créent des risques qui peuvent changer votre vie en un clin d’œil – comme l’a réalisé Marjorie LaBrash, une des porte-paroles de la campagne de la SCSMA de cette année.
Marjorie a été bouvière toute sa vie. Après avoir été élevée sur une ferme laitière, elle a épousé un agriculteur et est devenue partenaire d’une ferme mixte comprenant du bétail commercial située près de Bruno, en Saskatchewan.
L’après-midi du 16 août 2006 avait bien débuté pour Marjorie. Son mari Tony et leur fils Kelly s’occupaient des andins, tandis qu’elle s’apprêtait à aller nourrir les quelques bêtes qui restaient dans le parc d’engraissement. Elle a donc fait sortir les bovins du parc, refermé la barrière et disposé l’alimentation. Alors qu’elle ouvrait de nouveau la barrière pour laisser les animaux retourner dans le parc, ils l’ont repoussée contre la barrière. Marjorie en a senti l’impact, mais n’a pas perdu pied. « J’étais probablement agrippée de chaque main à un barreau de la porte », croit se souvenir Marjorie. « À ce moment-là, je n’ai pas pensé grand-chose de l’incident. » Marjorie est retournée à la maison pour préparer le souper et l’apporter aux champs. Plus tard, comme elle ne se sentait pas particulièrement bien, Marjorie est allée se coucher tôt. Au beau milieu de la nuit, elle s’est éveillée en éprouvant une douleur lancinante aux bras et aux épaules ; Marjorie a alors réalisé que quelque chose allait terriblement mal.
Le lendemain, le mari de Marjorie l’a conduite à Saskatoon pour consulter son médecdfin. Après lui avoir fait faire quelques mouvements des bras, le médecin a exprimé l’avis que ses épaules étaient simplement luxées, et que tout reviendrait à la normale avec le temps. Marjorie est donc retournée à la maison, mais demeurait incapable de faire quoi que ce soit à cause de la douleur et de l’enflure. Après trois jours de souffrances, la fille et le gendre de Marjorie sont venus lui rendre visite et, en constatant son état, ont insisté pour la conduire à l’Hôpital St. Paul, à Saskatoon.
Une fois sur place, elle a passé la nuit à l’urgence pour subir plusieurs radiographies et, le lendemain matin, un tomodensitogramme. Les médecins ont alors découvert que l’impact de la poussée du bétail avait gravement endommagé les os de ses deux avant-bras, écrasé la cavité articulaire de son épaule droite, déchiré la coiffe des rotateurs de son épaule droite et fracturé à quatre endroits la cavité articulaire de son épaule gauche.
Marjorie a immédiatement été envoyée en chirurgie, où l’équipe médicale lui a enlevé puis remplacé les os des deux avant-bras avec des tiges de titane, rattachées à ce qui restait d’os et de moelle. Comme ses deux-avant-bras ont été remplacés au-dessus des coudes, Marjorie a pu conserver ses coudes naturels, qui offrent un meilleur potentiel de mouvement que des articulations artificielles. La cavité articulaire de son épaule droite a été remplacée par une artificielle, et les médecins ont décidé de laisser celle de son épaule gauche se rétablir naturellement. Il a été impossible de prévoir la durée de son rétablissement, à cause des risques d’infection, de la présence possible de fragments d’os et surtout, parce qu’il est rare d’entreprendre ce type de chirurgie simultanément aux deux bras.
Après 27 jours d’hospitalisation, Marjorie est retournée chez elle pour six semaines, en attendant qu’un lit se libère en physiothérapie. Marjorie a été libérée du service de réhabilitation en décembre, mais a continué sa physiothérapie trois fois par semaine, comme patiente externe, jusqu’en juin 2007. Puisqu’il lui était impossible de conduire à cette époque, elle a du se faire conduire à chaque rendez-vous. Tout comme un grand nombre de producteurs agricoles, les LaBrash n’avaient aucune assurance médicale ou accident.
« En rétrospective, il y avait là plusieurs leçons à retenir », conclut Marjorie. « Tout d’abord, vous devez assumer vous-même la direction de vos soins de santé. Votre santé passe avant tout ; faites-vous donc examiner soigneusement tout de suite après un incident – même si la foulure, l’entorse ou les suites de la chute semblent peu importantes. Deuxièmement, toutes les personnes qui demeurent à la ferme – y compris les agricultrices, les enfants et les employés – devraient apprendre les principes de base de la manipulation du bétail. Une fois qu’une personne comprend de quelle façon les bovins pensent et réagissent dans certaines situations, elle est plus à même de prendre les dispositions de sécurité qui s’imposent. Finalement, toutes les agricultrices devraient être protégées par une assurance-accident et une assurance-invalidité. La somme assurée dépendrait de la situation de chaque personne ; toutefois, il faut réaliser que plusieurs agricultrices sont responsables du travail de soutien vital à l’exploitation d’une ferme, qu’il ne faudrait pas sous-estimer. »
Marjorie continue encore aujourd’hui de se remettre de l’incident et de sa chirurgie. Elle est toujours incapable de lever les mains plus haut que sa tête et ne peut effectuer qu’environ 60 pour cent des mouvements normaux.
« C’est plus dur de voir votre famille apprendre à vivre avec votre handicap que de l’apprendre nous-même. Une blessure touche la famille tout entière et l’ensemble de la ferme ; sans l’avoir vécu, il est difficile d’en réaliser la portée. Je pense que je vais devoir me résoudre à accepter mes nouvelles limites », concède Marjorie. « Ma famille ne sait vraiment pas quoi faire de moi. J’étais très indépendante auparavant, et maintenant j’ai besoin de me faire aider pour tellement de choses… et je déteste demander de l’aide. En fait, la mère – le cœur de la famille – ne peut plus faire ce qu’elle faisait auparavant. On se croit invincibles, mais ce n’est pas le cas. »
Les bovins, tout particulièrement les bœufs, sont en milieu agricole la cause la plus fréquente des entorses, des foulures et des dislocations au Canada. Les autres causes fréquentes sont, en ordre décroissant, la culture de grande production, le travail en serre et les opérations de pépinière et de floriculture. Ces quatre principales causes des blessures en milieu agricole ont été déterminées par une étude du Programme canadien de surveillance des blessures en milieu agricole, de 1990 à 2000.
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Theresa Whalen–Ruiter, coordonnatrice de la sécurité à la ferme de la FAC
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